Carnets japonais · Une image de 100 proverbes japonais
La conversation a repris, mais quelque chose accroche encore. Après un désaccord ordinaire, on peut avoir envie de passer à autre chose très vite. Ame futte ji katamaru invite ici à regarder ce qui pourrait changer, au lieu de seulement faire comme avant.
Un rendez-vous déplacé sans prévenir. Une tâche que chacun pensait confiée à l’autre. Quelques mots secs à propos de presque rien. On finit par dire « c’est bon », puis on remet les tasses sur la table. Pourtant, la prochaine fois se prépare déjà : si rien ne change dans l’organisation, le même malentendu peut revenir.
Ce sont des situations imaginées pour ce carnet, pas des anecdotes tirées du livre. Elles donnent un point de départ à la lecture d’un proverbe où la pluie laisse derrière elle autre chose que le retour du soleil.
La pluie tombe, le sol se solidifie
Dans 100 proverbes japonais traduits et illustrés, l’entrée n°4, page 18, présente 雨降って地固まる, あめふってじかたまる, Ame futte ji katamaru. La traduction littérale donnée est « La pluie tombe, le sol se solidifie ». Le livre propose séparément l’équivalence française « Après la pluie, le beau temps ».
Les deux formulations ne montrent pas exactement la même chose. Dans l’équivalence française choisie par le livre, le regard va vers l’éclaircie. Dans l’image littérale japonaise, il se pose sur le sol. On peut s’arrêter un instant sur cette différence, sans chercher à départager les deux langues ni à faire d’une image une règle de la nature.
L’introduction du recueil propose justement de lire les expressions une à une, puis de les relier à nos expériences. Chaque entrée rapproche une écriture japonaise, une lecture en rōmaji, une traduction littérale et un équivalent français. Ce carnet garde ce va-et-vient : partir de l’image, puis chercher ce qu’elle permet de remarquer dans une situation familière.
Après un désaccord, je te propose donc de regarder le « sol » de la situation : ce qui avait été convenu, ce qui était resté implicite, ce que chacun croyait évident. Cette lecture pratique est une proposition de ce carnet. Ce n’est ni une méthode traditionnelle japonaise ni un exercice présenté dans le recueil.
Ce qui était resté implicite
Imaginons deux personnes qui doivent se retrouver. L’une annonce qu’elle sera là « en fin de journée ». L’autre comprend dix-huit heures et attend. La première arrive bien plus tard, surprise de trouver quelqu’un en colère. Après les explications, elles peuvent décider de ne plus en parler. Elles peuvent aussi reconnaître que leur formule habituelle n’était pas assez précise pour ce rendez-vous.
Le changement tient alors dans une phrase assez banale : « La prochaine fois, on se donne une heure ; si elle change, on prévient. » Le désaccord n’a rien rendu meilleur à lui seul. Les personnes ont choisi de modifier un arrangement qui leur posait problème.
Tu peux essayer cette lecture sur un accrochage de faible enjeu, à condition d’en avoir envie et que l’autre personne accepte d’en reparler. Il ne s’agit pas de dresser le bilan de toute la relation. Une seule situation suffit : ce rendez-vous, cette tâche partagée, ce message auquel personne n’a répondu.
Si le problème apparaît surtout au moment de se parler, le carnet sur le vide entre deux phrases ouvre une autre piste. Il regarde la place laissée à l’écoute pendant l’échange. Ici, on s’intéresse plutôt à ce que l’on décide après.
Un accord assez précis pour être essayé
Quand le moment s’y prête, tu peux proposer de reprendre le fait qui a coincé, sans transformer la conversation en procès : « J’ai attendu sans savoir à quelle heure tu venais. » C’est différent de « Tu ne fais jamais attention ». La première phrase permet de parler de cet épisode ; la seconde risque d’ouvrir la liste de tous les précédents.
La suite reste à choisir ensemble. Pour un horaire flou, ce sera peut-être une heure convenue. Pour une tâche oubliée, le nom de la personne qui s’en charge. Pour une interruption répétée, un autre moment pour discuter. Ce sont des exemples d’ajustements possibles, pas une liste à appliquer ni la garantie que l’autre sera d’accord.
Un accord peut aussi être trop lourd. Si le rendez-vous occasionnel exige soudain un tableau de suivi et plusieurs rappels, on a peut-être ajouté plus de travail que nécessaire. Tu peux préférer une entente provisoire, puis voir lors de la prochaine occasion si elle convient aux deux personnes.
Il arrive que l’explication ne débouche sur aucune solution commune. On peut avoir besoin de temps, ne pas savoir quoi proposer ou découvrir un désaccord plus profond. Le proverbe ne décide pas de la suite à votre place.
Le lien n’a pas à être sauvé à tout prix
Ce carnet concerne les malentendus et les accrochages ordinaires. Il ne demande pas de chercher ce qu’une humiliation, une menace ou une violence aurait de bénéfique. Tu n’as pas à provoquer une confrontation, à te réconcilier ou à rester dans une relation qui te met en danger pour être fidèle à une belle formule.
Même dans une situation sans danger, une limite peut rester nécessaire. L’ajustement choisi sera parfois de moins partager une tâche ou de ne plus prendre certains engagements ensemble. La pluie et le sol sont une image pour réfléchir, pas une obligation de rendre toute histoire heureuse.
Tu peux garder cette question pour un prochain échange, sans devoir y répondre aujourd’hui : après ce qui s’est passé, quel petit accord aimerions-nous essayer ? Si une réponse vient à deux, elle sera probablement plus utile qu’un « on oublie » dit trop vite.
Pour continuer cette lecture par les images, découvrir 100 proverbes japonais traduits et illustrés. L’entrée n°4 se trouve page 18 ; tu peux aussi ouvrir le recueil à une autre expression et la rapprocher de ton quotidien.
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